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9 septembre 2026

Résilience, robustesse et antifragilité : trois façons de traverser l’incertitude

Et si, face à l’incertitude, notre objectif n’était pas toujours de “rebondir” ? Depuis plusieurs années, la résilience s’est imposée dans le vocabulaire du développement personnel, du management et du coaching. Face à une crise, une transformation, un échec ou une période d’incertitude, nous sommes invités à développer notre capacité à « rebondir ».

Depuis plusieurs années, la résilience s’est imposée dans le vocabulaire du développement personnel, du management et du coaching. Face à une crise, une transformation, un échec ou une période d’incertitude, nous sommes invités à développer notre capacité à « rebondir ». L’intention est évidemment pertinente.

Mais dans un monde où les changements ne sont plus nécessairement des accidents ponctuels, où l’incertitude peut devenir durable et où les organisations doivent composer avec des transformations successives, une question mérite d’être posée :

La résilience est-elle toujours la réponse la plus adaptée ?

Deux autres concepts peuvent enrichir notre réflexion : la robustesse et l’antifragilité.

Ces trois notions ne s’opposent pas nécessairement. Elles nous proposent trois manières différentes d’entrer en relation avec l’incertitude.

Traverser. Tenir. Évoluer.

1. La résilience : traverser l’épreuve

La résilience est probablement la plus connue des trois notions.

Dans le champ psychologique, elle désigne la capacité à s’adapter face à l’adversité, aux traumatismes, aux difficultés ou à des sources importantes de stress.

Il est cependant intéressant de sortir d’une représentation parfois simpliste de la résilience.

Être résilient ne signifie pas nécessairement « revenir exactement comme avant ».

Nous ne traversons pas certaines expériences sans être transformés.

La résilience peut donc être comprise comme la capacité à retrouver un fonctionnement satisfaisant, à réorganiser ses ressources et à poursuivre son chemin après une perturbation.

Dans le monde professionnel, elle peut prendre de nombreuses formes :

  • retrouver sa confiance après un échec ;

  • reconstruire une équipe après une période difficile ;

  • s’adapter à une nouvelle fonction ;

  • traverser une restructuration ;

  • retrouver une capacité d’action après une période de surcharge ou d’incertitude.

La résilience nous pose finalement cette question :

Comment puis-je traverser ce qui m’arrive et retrouver une capacité d’action ?

Mais que se passe-t-il lorsque les perturbations ne cessent pas ?

Lorsque nous ne sommes plus face à une tempête passagère, mais à un environnement devenu lui-même instable ?

C’est ici que la notion de robustesse devient particulièrement intéressante.

2. La robustesse : tenir dans un monde fluctuant

Le biologiste français Olivier Hamant propose une réflexion particulièrement stimulante autour de la robustesse.

Il la définit comme la capacité d’un système à maintenir sa stabilité à court terme et sa viabilité à long terme malgré les fluctuations.

Cette approche vient bousculer une croyance profondément ancrée dans nos organisations : celle selon laquelle il faudrait toujours chercher à optimiser.

  • Plus vite.

  • Plus efficace.

  • Plus productif.

  • Avec moins de ressources.

Sur le papier, un système parfaitement optimisé peut sembler remarquable.

Mais il peut aussi devenir fragile.

Une organisation fonctionnant en permanence avec des agendas remplis à 100 %, des équipes utilisées au maximum de leurs capacités, aucune redondance et aucune marge de manœuvre peut être extrêmement performante… tant que tout se déroule exactement comme prévu.

Il suffit alors d’un absent, d’une crise, d’un retard, d’un changement réglementaire ou d’un événement imprévisible pour que tout le système se grippe.

La robustesse nous invite à réhabiliter ce que la logique de performance considère parfois comme inutile :

la marge, la diversité, la redondance, le temps disponible, l’expérimentation et le droit à l’erreur.

Autrement dit, ne pas chercher uniquement à être performant lorsque tout va bien, mais être capable de continuer à fonctionner lorsque l’environnement devient imprévisible.

Pour un manager, cette distinction est fondamentale.

La question n’est alors plus seulement :

« Comment obtenir davantage de performance ? »

Elle devient :

« Qu’avons-nous besoin de préserver pour continuer à fonctionner lorsque les conditions changent ? »

Et cette question pourrait bien devenir l’une des grandes questions du leadership contemporain.

3. L’antifragilité : lorsque la perturbation devient une ressource

Avec l’antifragilité, proposée par Nassim Nicholas Taleb, nous franchissons encore une étape.

Un système fragile souffre du désordre.

Un système robuste lui résiste.

Un système antifragile peut, dans certaines conditions, tirer avantage de la variabilité, des perturbations ou de l’incertitude.

L’idée est fascinante.

Pensons à certains systèmes biologiques : une sollicitation raisonnable peut contribuer à leur développement. L’absence totale de sollicitation peut au contraire les affaiblir.

Transposée avec prudence au développement humain et organisationnel, l’antifragilité nous invite donc à changer de regard sur certaines difficultés.

Au lieu de demander uniquement :

« Comment vais-je résister à cette situation ? »

nous pouvons aussi nous demander :

« Qu’est-ce que cette situation peut m’apprendre ou me permettre de développer ? »

Attention cependant à un raccourci dangereux.

Toutes les difficultés ne rendent pas plus fort.

Toutes les crises ne constituent pas des opportunités.

Et certaines perturbations peuvent réellement abîmer les personnes et les systèmes.

L’antifragilité ne devrait donc jamais devenir une injonction supplémentaire :

« Puisque vous traversez une difficulté, vous devez en sortir plus fort. »

Ce serait oublier la singularité des personnes, des situations et des contextes.

Traverser, tenir ou évoluer ?

Nous pourrions résumer ces trois logiques ainsi :

Question centrale

Mouvement

Résilience

Comment traverser cette épreuve et retrouver une capacité d’action ?

Je traverse

Robustesse

Que dois-je préserver pour continuer à fonctionner malgré les fluctuations ?

Je tiens

Antifragilité

Que puis-je apprendre ou développer grâce à certaines perturbations ?

J’évolue

Et c’est précisément ici que ces concepts deviennent passionnants pour le coaching.

4. Et si le coach ne décidait pas à la place du client ?

Dans le monde du coaching, nous entendons fréquemment parler de développement de la résilience.

Mais devons-nous systématiquement chercher à rendre nos clients « plus résilients » ?

Pas nécessairement.

Car décider qu’un client doit devenir plus résilient constitue déjà une hypothèse sur ce dont il aurait besoin.

Or la posture du coach consiste précisément à ne pas savoir à la place du client.

Une personne confrontée à une situation difficile pourrait avoir besoin de retrouver ses ressources.

Une autre pourrait avoir besoin de ralentir.

Une autre encore de poser une limite.

Un manager pourrait découvrir qu’il ne doit pas devenir personnellement plus résistant, mais créer davantage de marge dans son organisation.

Et quelqu’un d’autre pourrait réaliser que la perturbation qu’il traverse l’invite à remettre profondément en question une manière de fonctionner devenue obsolète.

Le rôle du coach n’est donc pas nécessairement d’apporter le concept.

Il peut créer les conditions permettant au client de découvrir quelle relation il souhaite construire avec ce qu’il traverse.

Quelques questions peuvent alors ouvrir l’exploration :

  • Qu’avez-vous besoin de préserver dans cette situation ?

  • Qu’est-ce qui mérite d’être abandonné plutôt que réparé ?

  • Qu’essayez-vous peut-être de retrouver alors que la situation a changé ?

  • Où auriez-vous besoin de davantage de marge ?

  • Qu’est-ce que cette expérience vous apprend sur votre manière de fonctionner ?

  • Qu’est-ce qui pourrait émerger de nouveau plutôt que simplement revenir “comme avant” ?

Ces questions déplacent subtilement le regard.

Nous ne sommes plus seulement dans la résolution du problème.

Nous entrons dans l’exploration de la personne qui rencontre le problème.

5. Une autre lecture du leadership

Ces trois concepts offrent également une grille particulièrement intéressante pour les managers et les dirigeants.

Face à l’incertitude, le réflexe organisationnel consiste souvent à chercher davantage de contrôle.

  • Plus de procédures.

  • Plus de prévisions.

  • Plus d’optimisation.

  • Plus d’indicateurs.

Pourtant, lorsque l’environnement devient réellement imprévisible, la capacité à tout prévoir atteint rapidement ses limites.

Le leadership pourrait alors consister moins à supprimer l’incertitude qu’à développer la capacité des équipes à vivre et agir avec elle.

Cela suppose notamment de créer des espaces où l’on peut réfléchir, expérimenter, apprendre, ajuster et parfois renoncer à l’illusion de la solution parfaite.

La robustesse introduit ici une idée presque contre-intuitive :

l’efficacité maximale n’est pas toujours synonyme de solidité.

Parfois, garder de la marge est une stratégie.

Prendre du temps est une stratégie.

Diversifier est une stratégie.

Accepter qu’une équipe ne fonctionne pas continuellement à son maximum est une stratégie.

Et savoir ralentir peut parfois être une décision profondément performante… précisément parce qu’elle préserve l’avenir.

6. Ce que cela change dans la posture du coach

Ces réflexions rejoignent directement plusieurs compétences fondamentales du coaching professionnel.

L’International Coaching Federation met notamment l’accent sur une posture ouverte, curieuse, flexible et centrée sur le client, sur la présence, l’écoute active, l’émergence de prises de conscience et l’autonomie du client.

Cela signifie accepter de ne pas connaître à l’avance la destination de la conversation.

Le coach peut percevoir une possibilité sans en faire une vérité.

Il peut proposer une perspective sans chercher à convaincre.

Il peut permettre au client d’explorer la résilience, la robustesse ou la transformation sans décider laquelle constitue la « bonne » réponse.

Et c’est peut-être là que se situe une compétence essentielle du coach :

rester suffisamment présent à l’incertitude pour ne pas la remplir trop rapidement avec ses propres solutions.

Conclusion : et si nous arrêtions de vouloir toujours rebondir ?

La résilience reste une capacité humaine essentielle.

Mais elle n’est peut-être qu’une des réponses possibles à l’incertitude.

Parfois, nous avons besoin de nous relever.

Parfois, nous avons besoin de tenir.

Et parfois, nous pouvons utiliser ce qui nous déstabilise pour inventer autre chose.

Résilience, robustesse et antifragilité ne sont donc pas trois niveaux d’une même échelle.

Il n’y a pas nécessairement un concept plus évolué que les autres.

Ils nous invitent plutôt à poser trois questions différentes face à l’incertitude :

Que voulons-nous retrouver ?

Que voulons-nous préserver ?

Et que sommes-nous prêts à transformer ?

Pour le coach comme pour le manager, l’enjeu n’est peut-être plus de trouver immédiatement la bonne réponse.

Il est parfois de savoir rester suffisamment longtemps dans la question pour permettre à quelque chose de nouveau d’émerger.

Et vous, face à l’incertitude, cherchez-vous plutôt à rebondir, à tenir… ou à vous transformer ?